Le professeur: L’amour est-il plus fort que la politique?

Par Boutaina Rafik
Affiche du film le professeur DR
Affiche du film le professeur DR

Plusieurs fois retardé, le long métrage «Le professeur» de Mahmoud Ben Mahmoud a fini par voir le jour en 2012. Projeté en avant-première à la ville de Redeyef, là où se déroule nt ses principaux événements, ce drame politique raconte la Tunisie des années 70. Critique

«Le professeur» nous plonge dans la Tunisie des années 70 et son ambiance morose, plus précisément en 1977. Khalil, interprété par Ahmed Hafiène, professeur de droit à l’université de Tunis et membre du parti au pouvoir, les Destouriens, est le personnage principal de ce long métrage.

Père de famille, Khalil est chargé par le parti au pouvoir de le représenter au sein de la nouvelle Ligue des Droits de l’Homme (LTDH) créée en 1977.

En ces temps, la Tunisie vit au rythme d’une crise syndicale et politique qui a éclaté entre le gouvernement et l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) et l’éclatement des tensions autour du bassin minier de Gafssa.

Engagé par son parti pour adhérer au comité de la LTDH afin de suivre leurs agissements, la vie paisible
de Khalil bascule lorsqu’il apprend que Houda (Lobna Malika), l’une de ses étudiantes avec qui il entretient une liaison extra-conjugale, vient d’être arrêtée dans le sud du pays en compagnie de deux journalistes italiens venus enquêter sur les grèves et les sit-in, qui se déroulent au bassin minier de Gafssa par des ouvriers rongés par la misère et l’indifférence de l’Etat. Houda va se retrouver, sans le vouloir dans une affaire de sécurité d’Etat.

Khalil se retrouve déchiré entre les valeurs de son parti, sa vie familiale, sa position à l’université, sa carrière politique et son amante qu’il veut défendre malgré tout.

Réalisé par Mahmoud Ben Mahmoud, «le professeur» embarque le spectateur dans une retranscription de faits politiques et historiques qui avaient toutes leurs chances de se produire au cours de cette période mouvementée de la Tunisie, sous fonds d’une romance interdite.

En suivant les périples de Khalil, qui suscite des sentiments mitigés entre pitié et méprise, le spectateur est dans le même dilemme du héros, il se lie de sympathie avec Houda. A cheval sur ses principes, l’héroïne se trouve derrière les barreaux pour avoir défendu les plus opprimés. On méprise l’hésitation de Khalil et on découvre l’excellente performance de Sondoss Belhassen, épouse meurtrie qui finit par se ranger du côté de son mari, et de Lotfi Dziri, homme de fer du parti.

 

Un tournage difficile

 

Sur le plan technique, «Le Professeur» est un film un peu malchanceux, avec un tournage retardé plusieurs fois, un petit budget et des conditions de tournage en extérieur difficiles, la qualité passable des images et la performance visuelle du long métrage reste très discutable.

Cette faible performance technique a été compensée par un scénario assez solide, orienté grand public avec ce qu’il faut de suspense, même si certaines séquences étaient parfaitement dispensables. En résulte un film sincère, qui a le mérite de brosser un tableau de la Tunisie de Bourguiba et les défis de l’époque et qui, curieusement, font toujours écho dans la Tunisie post-Ben Ali, obligeant le spectateur à faire des comparaisons.

«Le Professeur» est un film à savourer, qui constitue un moment d’immersion dans une autre époque. Mahmoud Ben Mahmoud nous raconte la Tunisie des années 70 avec la justesse d’un historien et la créativité d’un grand réalisateur. Formé à l’Ecole belge de cinéma dans les années 70, il est l’auteur de plusieurs documentaires dont un long métrage «les Mille et une voix» et de trois films de fiction: «Traversées» (1982), «Chich Khan (1992) et «Les siestes grenadine» (1999), tous primés dans divers festivals internationaux. «Le professeur» est son quatrième film.

Depuis 1988, Mahmoud Ben Mahmoud enseigne l’écriture du scénario à l’Université libre de Bruxelles.