La jebba, fruit d’influences andalouses

Par Narjiss Naji
La Jebba tunisienne MAP
La Jebba tunisienne MAP

La Jebba tunisienne est la pièce maîtresse du costume traditionnel tunisien le plus populaire dans tout le pays. Elle est portée par les tunisiens lors des fêtes religieuses, des cérémonies de mariage ou de circoncision. Il en existe plusieurs modèles, allant de la «Kamraya» (lin) à la laine (Souf), en passant par «Sakrouta» (de couleur beige), «Ftoul», «Harir» (en soie blanche) ou encore «Karmasoud» (de couleur verte).

Cet habit qui couvre presque tout le corps est devenu le vêtement le plus important du patrimoine tunisien, porté non seulement par les imams et les prêcheurs, mais adopté également par tous les tunisiens, depuis l’ère musulmane, en tant que costume quotidien et officiel d’autant plus que sa fabrication est savamment orchestrée par des artisans qui coupent, cousent, brodent, selon des techniques bien spécifiques afin d’en faire un symbole d’élégance, de grâce et d’authenticité. Ainsi, des historiens affirment que des traits andalous distinctifs caractérisent la jebba tunisienne qui a bénéficié de la présence des morisques en Tunisie.

Ce vêtement traditionnel change de modèles d’un pays à l’autre dans le Moyen-Orient, l’Afrique et la Méditerranée. Malgré le fait qu’il existe des similitudes entre les pays arabes étant donné que la jebba consiste en un vêtement ample qui tombe jusqu’en dessous du genou, la particularité de cette tunique tunisienne réside dans le fait qu’elle est confectionnée à partir de différents tissus dont la soie ou la laine, entre autres, et agrémentée de broderies au niveau du torse.

Pour Habib Soltani, fabricant de jebba et de vêtements traditionnels pour hommes et femmes, la broderie de la jebba ne peut se faire que par des artisans qui maîtrisent la broderie à la main en utilisant des outils spécifiques et différents types d’aiguilles à coudre.

«Le tissage d’une seule jebba peut durer environ deux semaines, étant donné que la plupart du travail se fait manuellement, contrairement à la jebba en soie qui demande beaucoup plus de temps pour la broderie», a-t-il expliqué dans un entretien accordé à Maghreb1.

Il a, également, fait observer que la fabrication de la jebba nécessite pas moins de six artisans qui taillent, cousent, brodent et assemblent, notant que «la jebba tunisienne était fabriquée dans le passé par un tissu blanc éclatant que portaient généralement le marié le jour de ses noces ou encore la classe bourgeoise du pays, tandis que les cheikhs et l’ensemble de la population préfèrent porter des jebba de couleur marron».

M. Soltani a, par ailleurs, souligné que les tunisiens ont innové en matière de fabrication de jebba en adoptant plusieurs types de tissus tels que la laine, le coton, la soie naturelle et synthétique, alors que les fabricants du «burnous» se sont caractérisés par sa fabrication dans le souk des anciennes médinas à travers les villes de la Tunisie.

Il a, aussi, estimé que la jebba, confectionnée à l’aide d’un tissu en soie, en particulier la soie naturelle, compte parmi les plus chères et les plus exquises, ajoutant qu’elle est portée généralement par les hauts responsables lors de cérémonies familiales, de fêtes religieuses ou officielles.Par ailleurs, il existe différents types de Jebba: celle en soie, la plus chère, répartie entre «Khamri» et «Stakrouda» (se référant à la soie importée d’Italie dite Seta cruda), la jebba «Souaki» et «Karmasoud» (importée de l’Inde et de certains pays de l’Orient comme l’Egypte et la Syrie).

Portée pour les fêtes et occasions particulières et réalisée dans des tons traditionnels, la jebba se porte généralement en hiver et en printemps. Selon l’occasion et la saison, les tunisiens portent une Jebba spécifique, de par le tissu ou la couleur. Il existe également la jebba «Harbla» tissée à motif de rayures alternées en coton et en soie synthétique, outre des jebba en laine naturelle ou en mélange, fabriquée dans le sud de la Tunisie et portée par les hommes en été et en hiver compte tenu des conditions climatiques spécifiques de cette région.

Comment porter une jebba ?

 

La Jebba tunisienne, pièce principale du costume traditionnel masculin, est un vêtement ample légèrement ouvert sur les cotés. Elle est généralement portée sur des sous-vêtements tels que la souria et la sadria (une camisole sans manches qui n’a ni d’ouverture avant, ni arrière) constituant ainsi une Kaswa tounsia.

La jebba peut se porter avec un gilet (farmla, badia ou sadria), une veste (mentan), un pantalon bouffant (sarouel) serré à la taille par une ceinture de soie et une paire de balghas (chaussures traditionnelles). Elle peut aussi être recouverte d’un burnous en extérieur et portée avec un accessoire tels que le tarbouch ou la chéchia de Tunis.

 

Son prix

 

«Le prix de la jebba tunisienne varie selon le type de tissu, de la broderie et des fils utilisés. Cependant, cet habit n’est pas facile à confectionner au vu de la doigté qu’il exige dans la broderie et la finesse des modèles», a indiqué M. Soltani.

Il a, à cet égard, expliqué que le prix de la jebba confectionnée et brodée en soie est de 4.000 dinars (un dinar tunisien équivaut à environ 3,2 dirhams), tandis le prix de la jebba qui se porte quotidiennement ou lors des occasions ordinaires varie entre 200 et 1.500 dinars.

«En dépit de la persistance du métier de brodeur et de confectionneur de la jebba dans plusieurs régions de la Tunisie, le secteur a connu durant ces dernières années une baisse considérable du nombre des artisans, à l’instar des autres métiers de l’artisanat», a regretté le tailleur.